Une forêt de production récente

vendredi 25 avril 2014

Etat des lieux de la ressource

Surface forestière par type de peuplement
Le Plateau de Millevaches est fortement boisé à hauteur de 54,7 %, l’extension du PNR sur les nouvelles communes permet d’accroitre la surface forestière de plus de 16.000 ha, le taux de boisement reste, quant à lui, inchangé.

Les nouvelles communes sont plutôt feuillus dont principalement des futaies, mélange de futaie/taillis. La présence de forêt de production résineuse est beaucoup moins représentée comme le montre le tableau ci-dessus

Répartition par essence de la surface forestière du territoire Parc
(données IFN 2003-2004, analyse CRPF)

La forêt feuillue représente 44 % de la surface forestière. La part du résineux représente 56 %. La proportion à l’échelle régionale est toute autre : 32% de résineux et 678 % de feuillus. Cette différence tient à l’histoire du boisement du plateau qui s’est effectué au début de XXème siècle et donc de façon relativement récente par rapport à d’autres massifs français. Une forêt à vocation de production a été implantée avec le pin sylvestre au début du siècle dernier, puis l’épicéa commun et enfin le Douglas principalement après les tempêtes des 6 et 7 novembre 1982. A ce jour le Douglas représente l’essentiel des reboisements effectués.

Disponibilité de la ressource
La production en volume sur le territoire du Parc est de 1 053 000 m3 par an dont 374 000 m3 de bois feuillus et 679 000 m3 de bois résineux (soit 50 % de la ressource totale en Limousin). Le volume annuel exploité en Limousin est de 2 100 000 m3/an en moyenne.
Il y a une réelle inquiétude quant à la pérennité de la ressource. Le faible reboisement évalué à 400 ha/an ne représente qu’une faible part des coupes rases effectuées chaque année qui est de l’ordre de 1000 ha/an.


La mobilisation de la ressource

La mobilisation de la ressource dépend notamment des conditions d’accessibilités. En fonction de critères de pentes, de distance de débardage 45 % de la ressource est considérée comme facile à exploiter. Elle est dite accessible.

Cette mobilisation a nécessité la création d’un important réseau de voiries forestières. Le constat est fait du manque patent de places de dépôts. Il n’est pas rare de voir des bois débardés bord de route.
Si la création des voiries a été fortement soutenue, il est impossible aujourd’hui pour les communes d’en assurer l’entretien.
Si elle est source de richesses, l’exploitation de la forêt représente un coût pour la collectivité. Ceci génère fréquemment des conflits d’usage entre élus locaux, utilisateurs des chemins et routes secondaires et exploitants forestiers.

Gestion forestière

Le PNR de Millevaches présente la particularité d’avoir un taux important de document de gestion durable. A titre d’exemple au niveau des PSG, 24% de la surface forestière du PNR en bénéficie contre seulement 11.8% au niveau de la Région.
On observe une forte augmentation entre 2009-2013, le décret du 25 mai 2011 relatif aux conditions d’établissement des PSG a modifié la notion de 25 ha d’un seul tenant. Ce décret peut expliquer pour partie l’augmentation de la surface en PSG observée. Cette même tendance est visible pour les CBPS.

Gestion du risque climatique

Evolutions des conditions climatiques
A l’échelle du Limousin, le climat se comporte comme celui du sud-ouest de la France, l’augmentation de la température constatée est de 1°C depuis 1980 (source : météo France centre départemental de Limoges, 2007), cette hausse semble relativement similaire le long de l’année.
Aucune évolution des précipitations n’a été constatée.
Dans le cadre de cette étude « Etude prospective du climat de la région dans 20 ans », les prévisions en 2025 réalisées indiquent :

  • une diminution du nombre de jours de gelée
  • un recul des premières gelées en automne et des dernières gelées
  • des périodes caniculaires en augmentation

Concernant les précipitations, leur cumul tend à diminuer fortement de 1300 mm en 2000 à 1000 mm en 2085 Pour la zone cœur du plateau (voir carte). Il est à préciser la variabilité inter-annuelle très importante au niveau des précipitations (Météofrance centre départementale Limoges 2007).
Concernant les températures moyennes, il est prévu une forte augmentation passant de 8-10°C en 2000 à 12-14°C en 2085 pour la grande majorité du territoire du PNR.

Au vu de ces éléments, la disponibilité en eau devrait avec les gelées tardives de printemps constituer les principaux facteurs de stress.
Il est ajouté que le risque accru lié aux tempêtes n’est pas confirmé (source Société Forestière de Franche Comté, 2012).

Modifications des aires de répartitions des essences forestières
Une étude CARBOFOR réalisée en 2005 a tenté de modéliser l’évolution de la répartition potentielle des essences à la fin du siècle. Elle a été source d’inquiétudes pour les sylviculteurs mais a permis d’appréhender les premières évolutions perceptibles du XXIème siècle.
Une migration des espèces au nord et en altitude est constatée. Les essences méditerranéennes prendraient le pas sur les essences dites montagnardes.


Cartographie de la modélisation réalisée dans le cadre du projet CARBOFOR ; le scénario B2 « optimiste » retenu lors de cette étude n’est plus le scénario de référence ; le scénario A2 « pessimiste » l’est devenu.

Précisons-le, ces répartitions modélisées montrent leurs limites, elles ne préjugent en rien des capacités de dispersion, de résistance, de plasticités, de récupération et de compétitions des espèces (variabilité génétiques des espèces). Cette modélisation, à l’échelle locale n’est pas adaptée (conditions stationnelles :réserve en eau utile, qualité des sols forestiers)
De même, la précision des modèles climatiques reste encore à améliorer. Toutefois, nous pouvons considérer que cette étude permet d’appréhender les tendances et les évolutions futures.
Quatre essences ont pu être modélisées plus finement en intégrant des variables liées au sol : le chêne sessile, le hêtre, le sapin pectiné et l’épicéa commun par LERFOB à l’échelle de la France. Cette modélisation permet de considérer la dynamique des principales essences forestières présentes sur le territoire du PNR ;
Le sapin et l’épicéa seraient présents essentiellement dans les zones de montagne avec le sapin qui est prédit plus largement dans le massif central et les Pyrénées.
Le hêtre occuperait le quart nord-est et les montagnes humides ; il resterait présent sur le secteur du PNR avec une forte diminution constatée. Le chêne sessile, quant à lui, coloniserait le secteur du plateau de Millevaches.

Les conséquences sur la gestion forestière : entre précautions et anticipations ?
L’autécologie des essences doit être particulièrement prise en compte au travers du choix des stations de reboisements.
La sylviculture devra aussi évoluer dans ce contexte d’incertitudes. Pour diminuer le stress hydrique les boisements à plus faible densité semblent être à privilégier, tout comme des éclaircies plus dynamiques, de même le mélange d’essences et semble -t-il principalement les essences avec un enracinement différent . Par exemple, le mélange du sapin (racines pivotantes) avec le hêtre (traçant) ou l’épicéa (traçant) minimise sa sensibilité aux aléas climatiques.
L’amélioration des connaissances et l’utilisation de variétés génétiques plus résistantes devront être poursuivies. Cet usage de nouvelles variétés génétiques notamment pour le Douglas permettra de limiter les pertes de croissances, dépérissement ou même mortalité observées.
Les évolutions modélisées pour le hêtre sont préoccupantes car le pas de temps reste inférieur à une révolution des peuplements feuillus. Le risque de dépérissement concernant le hêtre est important, la plantation de cette essence demeure toutefois très anecdotique. Le maintien de ces peuplements en station peut être encouragé, leur diversification par enrichissement peut-être aussi à poursuivre mais le reboisement est à éviter.